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Créée le 15/06/2020
Modifiée le 17/06/2020
Réussir les récoltes en toute sécurité

​Eric Thirouin, président de l’Association générale des producteurs de blé (AGPB), Antoine Hacard, président de la Coopération agricole-Métiers du grain et Antoine Pissier, président de la Fédération du négoce agricole (FNA) appellent à la responsabilité de chacun pour réussir les moissons en toute sécurité. Leurs fédérations se sont organisées pour limiter les risques de contact en adoptant les règles de barrière sanitaire nécessaires tout au long de la chaine de collecte des céréales.

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Les moissons d’orge ont débuté dans le sud de la France. Au cours des prochaines semaines, 256 000 agriculteurs vont récolter et livrer leurs céréales, le résultat d’une année de travail.

Après deux mois de confinement, ce n’est donc pas le moment de baisser la garde ?

Eric Thirouin (ET) : La période des moissons est une période d’intenses brassages de personnes et de circulation de matériels dans les fermes et avec les centres de collectes. Aussi, les agriculteurs doivent rester vigilants en respectant les consignes adoptées pendant toute la période de confinement. En pleine moisson, la fermeture d’un silo et la mise en quarantaine d’agriculteurs ou de salariés seraient la pire des choses qui puisse arriver.

Antoine Pissier (AP) : Dans nos entreprises, le 11 mai n’annonçait pas la fin du confinement mais la poursuite d’une activité économique intense pour assurer la continuité de la chaîne alimentaire. Nos salariés sont en effet en seconde ligne. La limitation du nombre de passagers dans les véhicules, la distanciation physique ou encore le nettoyage des mains avec du gel hydroalcoolique font toujours partie des mesures prises depuis le 15 mars dernier. La période des moissons ne modifiera pas nos habitudes. Il ne faut pas que le virus gâche cette fête !

Antoine Hacard (AH) : Dans les points de collecte des coopératives, les céréaliers ne devront pas descendre de leurs tracteurs pour bavarder avec le magasinier. Pas de prêt de stylo non plus. Les bons de livraisons seront transmis sans être signés ! Et dans les coopératives déjà équipées, tout sera fait par voie numérique.

AP : Il faut éviter tout risque de contamination, l'ensemble des gestes et des contacts ont été repensés. Quand les agriculteurs donneront leurs échantillons de grains à faire analyser, ils seront déposés dans des bannettes dans lesquelles les techniciens de laboratoire n’auront plus qu’à se servir. Les bulletins d’analyse seront aussi déposés dans des bannettes avant d’être récupérés. Si un nouveau foyer de contamination émergeait dans un silo, il faudrait réorganiser les livraisons vers d’autres centres de collectes. Le protocole qui serait alors mis par l’Agence régionale de santé (ARS) pénaliserait le déroulement de la moisson.

Et dans les exploitations, que se passerait-il si un agriculteur est infecté ?

ET :  Contaminé mais asymptomatique, ce céréalier pourrait récolter ses céréales. Mais mis en quatorzaine, il serait isolé sur son exploitation. Il ne pourrait plus livrer ses grains dans son centre de collecte. La moisson pourrait alors virer au cauchemar même si l’agriculteur fait appel à la solidarité pour qu’il ne perde pas sa récolte.

AH : Si un cas de Covid-19 était détecté dans un de nos dépôts, nous appliquerions « les plans spécifiques Moisson » dans la continuité du plan de continuité d’activité pour poursuivre la collecte en redéployant notre organisation logistique vers les centres de collectes épargnés par l’infection.

ET : La MSA a édicté des fiches, avec des règles à respecter, afin de minimiser les contacts. Celles-ci recommandent de personnaliser les matériels et d’éviter les changements de conducteurs. Dans chaque cabine de tracteur et de moissonneuse, un flacon de gel et des gants devront être disponibles.

Les mesures sanitaires ne vont-elles pas entraver le
fonctionnement des collecteurs,
négociants 
ou coopérateurs ?

AP : Les agriculteurs ont toutes les raisons d’être rassurés. Nous sommes prêts pour collecter, travailler et commercialiser au mieux leurs grains. Les mesures sanitaires n’entraveront pas la qualité des services que l’on fournit à nos clients.

AH : Quelle que soit l’heure à laquelle les agriculteurs livreront des remorques, des magasiniers réceptionneront les céréales en respectant les règles sanitaires imposées.

Pour plus de sécurité, faudrait-il généraliser les tests avant de commencer la période de moissons ?

AH : Non, on ne fait un test que si on ne se sent pas bien !

AP : Systématiser les tests, ça n’a aucun intérêt car la situation immunologique de chacun d’entre nous peut changer d’un jour à l’autre. Un test ne protège pas ! Ce qui nous protègera tous, ce sont les gestes de distanciation pour limiter tout risque de contamination.

ET : On va utiliser toutes les ressources des réseaux sociaux pour rappeler aux agriculteurs les gestes à adopter afin de réussir la moisson en sécurité.


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